Grands débats de la philosophie contemporaine


Claire Pagès

Intervenants : Claire Pagès


Titre du cours 2018-2019 :

Modernité et postmodernité.


Résumé :

Nous proposons de considérer le diagnostic formulé par certains penseurs, français en particulier, selon lequel nous participerions d’une époque postmoderne. Le travail du philosophe Jean-François Lyotard est plus que tout autre associé à la notion de postmodernisme. Il en a décliné et théorisé les aspects dans des livres comme La condition postmoderne (1979), Le postmoderne expliqué aux enfants (1986), Moralités postmodernes (1993), mais aussi dans l’ouvrage qui constitue comme le fondement philosophique de ces développements, Le Différend (1983). La pensée du postmoderne inscrit clairement Lyotard dans une tradition adornienne de critique de la raison moderne, d’une dénonciation dans les Lumières de la trahison de la raison, mais surtout de l’homme, par le pouvoir, celle aussi de l’intrication de la domination réelle avec la domination idéelle. Le terme de postmoderne peut répondre à plusieurs enjeux : faire le diagnostic d’une condition du savoir, conduire la critique des grands récits de légitimation qui auraient fait faillite (la dialectique de l’Esprit chez Hegel, l’herméneutique du sens chez Husserl, l’émancipation du sujet raisonnable ou travailleur chez Marx, le développement de la richesse pour la pensée libérale), mais aussi ouvrir avec espoir un champ des possibles relatif au libre développement des « petits récits » ou à la promotion d’identités postmodernes déliées justement du principe moderne d’identité du sujet. Cette polysémie qui mêle considérations empiriques, diagnostic d’époque qui dresse le constat d’une constellation changeante dans la réalité culturelle, et revendications normatives, etc. constitue d’ailleurs un problème. Pourquoi les grands récits ou les métarécits ne seraient-ils plus « crédibles » ? Pourtant, le postmoderne est-il à concevoir seulement comme une époque ? Ne peut-il pas être appréhendé aussi comme un mode dans la pensée, l’énonciation et la sensibilité, si bien qu’il ne serait pas à comprendre comme postérieur au moderne ? S’il s’agit d’un mode ou d’un projet, on peut chercher à identifier tout le postmoderne qui se logeait incidemment dans la période que nous appelons, nous, « moderne », en dépit de la « liquidation » du projet moderne.


Bibliographie :

Une bibliographie complète sera distribuée en début de cours. On trouvera ci-dessous quelques indications de lecture.

  • Theodor W. Adorno, Dialectique négative, Paris, Petite Bibliothèque Payot, 2003.
  • Theodor W. Adorno & Max Horkheimer, La Dialectique de la raison : fragments philosophiques, Paris, Gallimard, 1989.
  • Hannah Arendt, Qu’est-ce que la politique ?, Paris, Seuil, L’ordre philosophique, 2014.
  • Jean Baudrillard, À l’ombre des majorités silencieuses ou la fin du social, Paris, Sens et Tonka, Morsure, 1997.
  • Jürgen Habermas,
    • Le Discours philosophique de la modernité, Paris, Gallimard, NRF, Bibliothèque de philosophie, 1988.
    • « La modernité : un projet inachevé », p. 950-969, in Critique n° 413, Octobre 1981, Vingt ans de pensée allemande, Minuit.
  • Gilles Lipovetsky, Sébastien Charles, Les Temps hypermodernes, Grasset, Nouveau collège de philosophie, 2004.
  • Jean-François Lyotard,
    • La condition postmoderne, Paris, Minuit, « critique », 1979.
    • Le différend, Paris, Minuit, « critique », 1983.
    • Le Postmoderne expliqué aux enfants, Galilée, Débats, 2005.
    • Moralités postmodernes, Paris, Galilée, 2005.
  • Gérard Raulet, « Marxisme et condition postmoderne », p. 289-313, in Philosophiques, vol. X, N°2, octobre 1983.
  • Richard Rorty, Contingence, ironie et solidarité, Paris, Armand Colin, Théories, 1993.

Le cours a lieu le xxx de hhh à hhh, salle xxx